10/07/2020

La mention bien de l’estime !

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A tous les atypiques et leurs parcours périlleux, je vous donne Dys dur Dix !

Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres, mon fils, a été reçu au Bac, avec mention Bien !

Alors pourquoi un article ? Je n’arrivais pas à te parler ce matin au téléphone, tellement submergée par la joie, la joie d’une mère insoumise par l’école de la normalité normative.

Pour raconter le périple d’un Dyslexique en milieu scolaire ordinaire… Mon fils, il n’a pas fait tout pareil que les autres, il a marché à 18 mois, il a parlé et fait du vélo tard par rapport à la norme, tout en étant en avance sur certains domaines : à l’âge de 5 ans, il était capable de faire un exposé clair et argumenté, un vrai speaker, sur un sujet bien que non apte à la lecture. Sa maîtresse de mat sup (dernière année de maternelle) disait qu’il était brillant, intelligent, doué d’une synthèse hors-norme…

Arrivé en CP, cour préparatoire et non prépa, je suis convoquée “au tribunal” de l’institutrice classico-rigide : “Votre fils a des difficultés et il est le seul”, le ciel me tombe sur la tête tant le propos et la manière sont violents. “Mon fils est intelligent et sensible et il a besoin d’une vraie pédagogue et d’écoute”. J’avais fait un bilan orthophonique à 5 ans car il avait quelques difficultés de prononciation, RAS… Ce qui dérangeait cette institutrice, c’est qu’elle n’aurait pas 100% d’élèves lecteurs en fin d’année, une question d’égo !

Bilan Psychométrique oblige, tout va bien et même mieux sur l’intelligence verbale par rapport à son âge. Bilan psychomoteur, ça va à peu près…

Et la galère continue, il n’arrive pas à apprendre à lire, ce qui rend hystérique et sadique cette institutrice dont j’ai vraiment oublié le nom, c’est mon processus de mémoire traumatique et de résilience. J’ai appris par l’un des copains de classe de mon fils qu’elle était horrible avec lui en classe, malveillante, blessante, cassante ! Et une précision, mon fils est gentil, calme et il aime apprendre, son estime de soi a été touchée, ce qui m’a rendu totalement rebelle vis à vis de système que je n’aimais pas avant non plus, comme je le dis dans la puissance de la spontanéité, un système trop rigide et formaté correspondant au plus grand nombre d’élèves normaux et obéissants. Oui pardon, là je ne parle pas d’un rebelle, mais ce système est fait pour la norme, pas pour une société diverse dans ses intelligences et créativités.

En CE1, meilleure enseignante sur tous les points, ouf, mais c’est seulement qu’en CE2 malgré tous les rdv chez l’orthophonistes que le diagnostic tombe : il est Dyslexique, très dyslexique : “il devra être suivi toute sa vie”, enfin, ça ce n’était pas mon avis. La galère alternée de séances d’orthophonistes continue jusqu’au CM2, où le directeur a jugé bon de me dire “vous devriez le déclarer comme handicapé”, ce que nous avons refusé de faire, car lourde étiquette à porter même si il s’agit d’un handicap invisible, pour lequel il a dû beaucoup se justifier en classe.

Une dyslexie c’est une grande difficulté à lire et à rédiger… Un DYS, c’est quelqu’un qui dans une société normative a un dysfonctionnement, dans d’autres pays, c’est un génie, bon c’est mon côté provoc mais on n’est pas loin car malheureusement ces atypiques sont souvent catalogué “cancres”. C’est un autre chemin des neurones mais il produit des résultats positifs surtout dans certains domaines artistiques et sportifs par exemple. Aux Etats-Unis les dyslexiques célèbres font partagent leur expérience : Spielberg, Disney et bien d’autres… En France, il y a Vincent Lindon et Michel Boujenah, que j’adore, mais à noter qu’en France, on est plus réticent à parler de cal quand on est célèbre.

La dernière année de primaire est la pire de toutes, l’institutrice, une autre, l’abîme, pas de soutien de la direction, ils veulent le ranger dans le tiroirs des cancres. Le directeur a même dit, “le cas de votre fils relève du médical, faîtes la déclaration de handicap !” Hors de question, mon fils est plus intelligents que vous tous réunis. Je décide de l’inscrire dans un collège qui un accueil particulier pour les dyslexique, petite classe, pas de notation sur l’orthographe, du temps, bref, une scolarité enfin positive pour lui ! Il va donc jusqu’à la troisième suivre un parcours d’intégration en douceur, la classe de troisième est tout à fait traditionnelle. Même dans cette école, j’ai dû utiliser ma force de persuasion et de conviction face à quelques profs et à la direction, mais dans l’ensemble le corps enseignant était bienveillant et pédagogue.

Mon fils a un rêve et je ferais tout pour qu’il l’atteigne malgré les difficultés ! Depuis qu’il a 5 ans, il dessine, et écrit même des histoires, des BD…

Il passe en seconde générale, arts appliquées, et là avant même qu’il y soit, on essaie de le dégoûter, de le dissuader, de lui dire que ce n’est pas pour lui. Sa professeure principale que je retiens, mais j’ai oublié son nom aussi, c’est la prof d’arts appliqués, la matière la plus forte. Les yeux dans les yeux, elle ment, elle manipule, car elle n’intègre pas les créatifs malgré sa matière, elle est formatés et n’a qu’un seul mode de réflexion “Votre fils répond à la question sans passer par le processus imposé”. Dans ma tête “ben alors, c’est mieux, il gagne du temps, et il utilise son intuition, ce qui vous dépasse”. Elle a tout fait pour lui pourrir la vie malgré la motivation et la gentillesse de mon fils. Elle a même jeté à la poubelle tous ses dessins et son carnet de voyage du Sri Lanka, pour ce geste j’ai eu des envies de vengeance, mais mon fils, lui avait déjà quitter le lycée, dans sa tête, même s’il pouvait passer en première générale technologique, il ne voulait pas rester dans cette section, ce lycée.

L’année suivante, il a changé de lycée, et a été dans un lycée professionnel dans lequel il s’est à nouveau épanoui, en communication visuelle. J’étais soulagée et toujours là, de loin. Je n’ai eu que des éloges de ses professeurs qui m’ont dit qu’il était leader, brillant et très créatif. Malgré l’année d’incertitude que nous venons de vivre avec le confinement dû au Covid, mon fils était déçu de ne pas passer son examen sur table, car il le voulait ce challenge. Dans sa matière le contrôle continu est tout à fait approprié car cela fonctionne par projet rendu et soutenances à l’oral régulières.

Sa force est la détermination et le rêve et nous l’avons toujours encouragé ! J’avais même oublié que j’étais montée au créneau pour défendre les DYS lors d’un rdv au ministère de l’enseignement, j’avais réuni un petit comité pour finalement me rendre compte que le manque de moyen est toujours au cœur du problème contrairement à la formation pédagogique qui devrait l’être. Pas de moyen, pas de pédagogie ?

La pédagogie est une question de psychologie, d’empathie et de créativité ! 

Ce matin, il a reçu la plus belle des récompense : BAC Mention bien ! Je te devais cet article tellement ce matin, tout ce parcours du combattant m’est revenu. Tu vas devenir le meilleur animateur de dessins animé !

Mes conseils si vous rencontrez ce genre de situation :

  • Ecoutez votre intuition
  • Affirmez-vous
  • Ne laissez pas le jugement prendre le pas sur la réalité
  • Donnez confiance à votre enfant
  • Encouragez-le !
  • Résistez aux préjugés et aux raccourcis
  • Soyez hyper patients
  • Restez calmes 🙂
  • Trouvez un bon orthophoniste (je remercie Madame Spector)
  • Parlez à votre enfant des “cancres” comme Victor Hugo, Disney, Einstein…

Ma chanson “mon rêve” lui est d’ailleurs dédiée, inspirée de mon propre parcours, vous pouvez l’écouter ici

Bravo mon fils, mon rêve, ton rêve à toi !