Un appel hors-champ, par Marine Zana

Je tire sur la corde, sur le fil du téléphone, comme pour un peu retenir cette conversation. Nous étions le 9 février, durant la matinée. Je m’apprêtais à échanger sur une potentielle collaboration, seulement cet entretien téléphonique aura finalement été un voyage.

Dans la vie, il y a des parenthèses enchantées, des surprises, des étonnements, des rencontres qui vous éblouissent ; ma rencontre avec Sylvaine Messica en est une. Et en raccrochant le combiné, j’ai déjà la nostalgie d’un moment si chaleureux que le soleil brille encore sur ma peau. Sylvaine a tout des grandes femmes, de celles qu’on admire pour leur charisme, leur assurance et leur franc-parler. Elle a la voix douce et le cœur léger, même s’il est rempli de tous ses combats, de toutes ses histoires haletantes qui font de sa vie un tableau magique. Chaque anecdote est une excursion dans un passé qu’elle sait toujours rendre radieux, puisqu’elle n’en retient que le positif. Les hasards offrent des morales. Elle a le don de vous partager ses enseignements ; comme avec une générosité scolaire.

Elle a les traits d’une professeure qui vous touche, une professeure de philosophie. Nous parlons des origines, du rapport à sa double identité d’un père tunisien et d’une mère française. Elle me raconte ces repas en famille qu’on ne peut pas oublier, les tables garnies, l’opulence, le respect des anciens, les démonstrations d’amour peu banales. Elle me nomme un personnage symbolique, sa grand-mère, Fortunée, autoritaire, généreuse et inspirante. Elle était une conteuse et une comédienne hors-pair, je comprends que cet amour du spectacle est un héritage qui l’inspire au quotidien aujourd’hui.

Ses souvenirs d’enfance sont toujours bercés par la musique, elle chante sur scène, devant du monde, elle se nourrit du trac pour en faire sa source première de motivation, elle se challenge, et s’en réjouit. Sylvaine se sert de tous ces atouts dans son rôle de conférencière.

Je lui explique, à mon tour, que ma famille juive séfarade de Tunisie est la source de mon humour, de mes passions, de mes initiatives en tout genre. Cette facilité déconcertante à jouer de l’autodérision est mon plus beau patrimoine. J’y puise toute la poésie de l’Orient,
j’emprunte le courage de mes racines pour offrir à la France, comme un don, le butin de mes réalités. Nous nous reconnaissons. Avec Sylvaine, nous partageons nos interrogations, nos mérites, et nous nous félicitons pour avoir compris beaucoup du sens de la vie ; le partage et la transmission.

Sylvaine aborde avec moi sa jeunesse, le théâtre et l’improvisation, les rencontres, elle côtoie beaucoup de monde, notamment grâce à l’association La Liora qu’elle crée où elle enseigne l’improvisation théâtrale. Elle joue avec d’autres comédiens amoureux de la scène, ils s’entrainent ensemble et rêvent d’un après ou bien ils décompressent simplement. Elle s’attachera à certains élèves, en révèlera d’autres. Ils partagent tous une flamme, une amitié pudique, spéciale, qui donne à Sylvaine encore plus de bienveillance. Le jeu est en elle, elle y magnifie sa spontanéité, son élocution, son assurance et la volonté de s’affirmer en tant que femme qui a une voix.

Elle est féministe et engagée, elle produit ses chansons, dont certaines qui soutiennent toute l’émancipation féminine comme « Les filles de Simone Veil ». Elle aborde tant de sujets fondamentaux et libère la parole en dénonçant les violences sexuelles et le harcèlement. Et Sylvaine parle de  son livre : La puissance de la Spontanéité, elle m’explique que ce n’est pas un livre de développement personnel comme les autres. Je le commande de ce pas. Elle travaille désormais pour sa propre entreprise qui offre des formations et des séminaires à destination des entreprises qui désirent perfectionner leur équipe dans la prise de parole, la vente et le management. Elle instruit de manière innovante et pédagogique sur la communication pérenne dans la société. Sa bonté transparait dans son travail, et je l’entends sourire très fort lorsqu’elle évoque cette réussite-là.

J’ai hâte de suivre et d’appliquer ses conseils. Ils m’aideront à grandir encore, à comprendre mieux le pouvoir des mots, à exprimer mes émotions avec toute l’authenticité que je leur confère. Pour tout vous dire, je suis déjà séduite. Quelques semaines plus tard, je recevais Sylvaine chez moi, et j’étais émerveillée de cette aura, de ce souffle enthousiaste. Que dire de cette bourrasque de jovialité que je prends en pleine face lorsque je lui ouvre la porte ? L’on croit à un mirage de bonheur, jusqu’à ce qu’elle prenne place sur un de mes fauteuils.

Nous nous comportions comme si nous nous connaissions depuis toujours, une convivialité assumée baignait nos rapports. Je lui souriais de manière ininterrompue, instinctivement, je riais, je me réjouissais de notre nouvelle proximité. Sylvaine est comme une bouffée d’oxygène.

Chère Sylvaine, Merci pour cet échange, puis pour cette rencontre. J’en saisis la chance, l’opportunité. Les gens, souvent, n’osent pas témoigner de la splendeur de leur rencontre, ils semblent avoir honte d’étaler leur bonheur soudain sur la face du monde mais moi j’aime le prôner et je suis heureuse de le retracer ici. L’énergie de Sylvaine est imprimée en moi, et elle est devenue une amie.

Sylvaine, Merci pour cet interlude, pour cette joie éphémère à cueillir un instant. Ces moments avaient le goût de l’été et du soleil de février.

Un grand merci Marine pour cet article et ce coup de foudre amical intergénérationnel ! Et je suis fière d’être la première femme interviewée pour le musée du monde Séfarade Amussef https://amussef.org/accueil/ https://amussef.org/accueil/!

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